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Le Conseil National de la Presse : la philosophie de l’autorégulation

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Le président du Conseil National de la Presse M. Younes Mjahed a présenté un document cadre sur les objectifs et les missions du conseil durant son débat de travail lors de l’assemblée générale ayant lieu à Rabat le 27 décembre 2018.

 Le Conseil National de la Presse part de la philosophie de l’autorégulation de la profession qui considère que les professionnels du journalisme  et de communication ont le droit et l’obligation de vouloir organiser, habiliter et encadrer leur métier en s’appuyant sur des bases démocratiques et indépendantistes tout en respectant la liberté et la déontologie de la presse, sans oublier de s’inspirer des expériences et des accumulations mises en place dans le domaine de la presse soit au niveau national ou international.

La constitution marocaine a consacré ces principes surtout à travers l’article 28 qui stipule que la liberté de presse est bien garantie et qu’elle ne peut plus être surveillée ou limitée quoi que ce soit la manière ; car tout le monde a le droit d’expression et de publication des nouvelles, des idées et des opinions en toute liberté et sans aucune restriction conformément à ce que stipule expressivement la loi.

Elle assure également que les autorités publiques encouragent l’organisation du secteur de la presse, de manière indépendante, sur des bases démocratiques, en établissant les normes juridiques et déontologiques relatives à la profession.

Le Conseil National de la Presse tire sa légitimité juridique de ces exigences légales de la constitution, qui ont été traduites dans la loi régulatrice du conseil. Cependant, ladite légitimité ne peut être appliquée sur terrain que par l’accomplissement des travaux du Conseil, conformément aux diverses compétences qui lui sont confiées.

Outre ces références démocratiques, constitutionnelles et juridiques, la légitimité du Conseil, fruit d’élections libres et équitables entre des professionnels, repose sur deux piliers : la responsabilité sociale de la presse et des médias ; et l’engagement que nous avons tous pris avec les journalistes et les éditeurs.

Le Conseil National de la Presse diffère donc de nombreuses instances d’autorégulation, puisque la loi lui confère des attributions, qui étaient entre les mains des autorités publiques. Il s’agit d’octroyer la carte de presse professionnelle, examiner les affaires disciplinaires, et réhabiliter le secteur. La loi garantie à l’institution le droit consultatif à propos des lois et décrets régissant la presse et l’édition, ainsi qu’elle lui dévolue des attributions suggestives dans le domaine. Sans oublier de souligner ici son devoir selon la loi de suivre l’exercice de la liberté de la presse.

Vues ces introductions, le grand défi du Conseil National de la Presse consiste à sa capacité à transformer ces principes, exigences et engagements en une stratégie claire et réaliste, à travers des programmes d’action, centrés sur les grandes questions suivantes :

1-La question de veiller à respecter l’éthique professionnelle est crucial dans les compétences du Conseil. C’est, en effet, un élément clé de l’autorégulation. À ce titre, notre Conseil a franchi une étape importante en ratifiant la Charte d’éthique, qui contient les principes fondamentaux de l’éthique et la meilleure pratique de la profession.

Toutefois, parallèlement à la Charte et aux pouvoirs disciplinaires qui lui sont dévolus, le Conseil est notamment appelé à renforcer son approche en matière de formation, de sensibilisation et de présentation de la Charte, en incluant tous ses détails et ses interprétations, à travers l’organisation des rencontres, la diffusion du contenu de la Charte, le suivi des violations, la réalisation d’études et le travail avec tous les professionnels concernés, la société civile, les établissements d’enseignement et les différents acteurs dans les domaines du journalisme, de la communication et de l’information, afin d’arriver à avoir une presse éthiques et fidèle à ses responsabilités sociales.

2-Les ressources humaines nécessaires qui jouissent de la compétente pour exercer la liberté de la presse en tout professionnalisme et crédibilité. A ce niveau, le Conseil est appelé à immuniser la profession par encadrer l’accès à celle-ci, en se fondant sur des exigences juridiques, éthiques, scientifiques et contractuelles, afin d’améliorer la profession et lutter contre les intrus, vu l’utilisation généralisée des technologies modernes, qui ont facilité à certains de pénétrer à la profession de journaliste, sans avoir répondu à ces exigences et conditions, ce qui menace effectivement l’avenir du métier.

En ce qui concerne ce point très importante, dont la responsabilité est conférée à notre Conseil, la question de la formation et de la formation continue est un outil clé pour le développement et protection de la profession ; soit par offrir des opportunités de formation pour les journalistes et les différentes catégories qui travaillant dans la presse et les médias, soit par améliorer les circonstances de travail et les conditions de formation dans ce secteur, aux niveaux scientifique, professionnel, juridique et administratif.

Le Conseil devrait également accorder une attention particulière aux domaines sociaux qui concernent les professionnels, en pleine coopération avec les autres parties concernées, afin d’assurer des conditions décentes de vie, la couverture et la protection sociale, qui sont essentiels pour l’immunisation et le perfectionnement de la profession.

3-L’habilitation de l’entreprise de presse représente une question centrale dans les travaux du Conseil National de la presse, vues les problématiques survenues à cet égard et qui sont constamment renouvelées à causes des changements économiques et commerciaux ainsi que les transformations technologiques et sociales. Ce qui oblige au conseil à donner plus d’intérêt et d’attention à cet axe car l’exercice d’une bonne presse de haute qualité requiert principalement l’existence des entreprises fortes et bien structurées.

La réponse à la question de l’avenir de la presse est, en grande partie, liée au destin de l’entreprise de presse, qui doit continuer à exister et se développer, face aux défis d’un marché en décroissance, le prix des matériaux, notamment du papier,  qui ne cesse plus d’augmenter, les difficultés d’impression et de distribution, ainsi que l’entrée d’un nouveau venu sur ce marché, parfois de façon aléatoire, sans oublier la concurrence malhonnête, exercée par les grandes plateformes mondiales et les réseaux sociaux, dans le secteur de  publicité.

Tous ces défis exigent au Conseil à travailler conformément à un programme clair, avec toutes les autres parties impliquées dans le secteur de la presse et de l’information, pour réhabiliter l’entreprise à tous les niveaux, afin de s’adapter à tous les changements et de consacrer des entreprises  ayant la force et la solidité de développer l’exercice de la liberté de la presse,  la recherche et l’enquête ,  tout en respectant l’éthique de la profession et la dignité des journalistes et des employés du domaine, ainsi que mettre fin au chaos et à la vulnérabilité qui menacent le secteur ; à travers des expériences  improvisées qui manquent des critères de l’entreprise et des compétences professionnelles.

4-Le Conseil a besoin d’une vision intégrée du secteur. C’est pour cette raison, la réalisation des études sur les différentes questions de la presse et des médias constitue l’un des principaux enjeux pour l’accomplissement de sa mission, car aucune stratégie réussie ne peut être conçue sans une boussole clairement dirigée, conformément à un plan d’action et à des programmes planifiés, avec des priorités, des étapes et des initiatives bien réglées.

Le Conseil est, donc, appelé à être un acteur clé dans la production de connaissances scientifiques, juridiques, professionnelles, économiques et sociales, qui illuminent son chemin et le rendent capable de prendre des positions, des initiatives et des orientations, à base des données correctes.

La coopération entre le Conseil et d’autres institutions, organisations et instances nationales et internationales aidera le Conseil à réaliser ses objectifs, dans les domaines de la formation, de l’échange des expériences et des solutions des problématiques, la consultation à propos des enjeux et la réalisation des études et des rapports communs, dans un domaine de plus en plus compliqué à cause des grands progrès en matière d’information et de communication.

Nous espérons que le Conseil National de la Presse deviendra une référence professionnelle et scientifique dans le domaine de l’éthique professionnelle, de la liberté de la presse et de toutes les problématiques soulevées dans le secteur.

5-La dévolution des compétences de médiation et d’arbitrage au conseil pour résoudre les différents conflits entre les professionnels ou entre eux et d’autres parties est un atout important pour la profession, car il permet de raccourcir les distances et avancer dans le traitement des problèmes, qui ont des répercussions négatives sur le métier. L’utilisation appropriée de ce mécanisme renforcerait le rôle encadrant du Conseil et consacrerait sa position comme une autorité chargée de gérer la profession.

6-Les différents rôles joués par le Conseil sont complémentaires aux attributions qui lui sont conférés, soit par les lois, les décrets et les questions d’intérêt pour le secteur de la presse et de l’édition, ou à travers ses propositions, grâce à l’exercice pratique et l’expertise qu’il acquiert sur le terrain. Ainsi, les études et la coopération, lui permettent de fournir des avis et des consultations de grande valeur pour le développement de liberté de la presse, la moralisation et l’immunisation de la profession et le renforcement du secteur en lui armant avec tous les outils et les mécanismes qui peuvent l’aider à confronter les divers défis du marché.

7-Comme clarifié dans la Constitution, la référence à l’autorégulation, démocratique et indépendante, a été liée à l’exercice de la liberté d’expression. Sur cette base, la tâche confiée au Conseil, de suivre la liberté de la presse et de produire un rapport annuel pour évaluer cette pratique, constitue un pilier fondamental de cette construction, dont les pouvoirs sont intégrés à travers les différentes commissions et thématiques, parce qu’il s’agit d’une instance distinguée, qui ne se limite pas aux questions d’éthique de la profession, comme c’est le cas des conseils élus, mais c’est une institution qui considère que la réalisation de principe de responsabilité  sociale est un processus continu dès le départ jusqu’à l’arrivé. C’est pourquoi le programme qui sera présenté aujourd’hui représente une preuve de cette vision exhaustive et la complémentarité et l’harmonie qui devraient prévaloir entre ses commissions et ses membres.