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Rapport périodique sur Covid-19 : suivi de l’éthique de la presse

L’engagement en matière d’éthique professionnelle est l’un des piliers de la pratique journalistique, mais il revêt une importance extrême lors des catastrophes, des crises et des pandémies, d’autant plus que de telles crises peuvent être marquées par la forte prévalence de rumeurs, de fausses nouvelles ou de la désinformation. Le rôle des journalistes pendant la pandémie de la Covid-19 est donc primordial, sachant que le travail professionnel et éthique des journalistes peut contribuer à sauver des vies dans les situations sanitaires d’urgence.

Le traitement médiatique dans de telles crises exige au journaliste une concentration et une analyse profonde des sources de l’information, ainsi qu’un Examen attentif de son équilibre tout en respectant les règles de responsabilité professionnelle, morale et subjective qu’il exige. La profession médiatique dans une situation exceptionnelle comme celle-ci exige donc un effort particulier et une double prudence, car toute erreur ou abus peut avoir des répercussions sur les individus et les groupes et sur la sécurité de la société.

Pour cette raison, la Commission de Déontologie de la Profession du Conseil National de la Presse a décidé de surveiller les violations de la Charte de déontologie professionnelle, publiée dans le bulletin officiel du 29 juillet 2019, afin d’alerter les collègues pour éviter tout comportement contraire à l’éthique, surtout dans telles circonstances, et de faire le mieux pour nos tâches communautaires essentielles, à travers des débats prévus  dans l’avenir sur l’éthique journalistique, notamment pendant les crises.

Bien que le présent document contienne des cas de violations que le Conseil a surveillées et a inscrit dans un rapport intérimaire, cela n’élimine pas la possibilité de les soumettre de nouveau à l’enquête par la commission d’éthique, afin de gérer la situation, conformément à la procédure disciplinaire et aux conditions et exigences prévues dans la loi portant création du Conseil.

Commission de Déontologie de la Profession

Introduction

1. Depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, le Conseil National de la Presse (par l’intermédiaire de la commission d’éthique et les services compétents dans son administration) a suivi la couverture et les efforts des journalistes et des différentes plateformes de presse afin de remplir leurs obligations médiatiques sociales, pendant cette situation délicate tant pour le Maroc comme pour toute l’humanité, avec ses difficultés et ses défis sanitaires.

2. Les cadres médicaux et les autorités publiques se sont retrouvés en première ligne pour faire face à l’épidémie de Covid-19 et aux défis liés à sa propagation. La presse et les journalistes se sont également retrouvés en première ligne dans la lutte contre l’épidémie par informer l’opinion publique, sensibiliser à ses dangers et à l’importance d’adhérer à des comportements préventifs et de précaution, ainsi que pour contribuer à la lutte contre la pandémie médiatique (infodemic) et des fausses nouvelles et/ou la désinformation qui « se propagent plus vite et plus facilement que ce virus, étant tout aussi dangereuse », parce que « nous ne luttons pas seulement contre une épidémie, nous combattons une énorme quantité de désinformation ».(1) 1. Le Coronavirus est devenu le premier sujet pour toutes les plateformes médiatiques et les travailleurs du secteur au Maroc, comme nos homologues dans les pays du monde. Ainsi, la presse nationale et locale continue de remplir son devoir (en prenant toutes les mesures de précaution et de prévention possibles) et consacre sa couverture à tous les aspects sanitaires, médicaux, économiques, sociaux et juridiques liés à la pandémie.

Le Conseil National de la Presse a fait éloge de la décision de la presse papier de publier en ligne et gratuitement, malgré les conséquences de la suspension de sa publication sous formes papier et de sa distribution, de la rareté des contrats de publicité, tout en pensant à l’intérêt public et son rôle communautaire, à côté des autres plateformes de presse et de médias. Elle a aussi décidé de s’impliquer dans l’information de l’opinion publique et la contribution à la lutte contre les fausses nouvelles et son rôle crucial dans la prise de décisions éclairées [2], compte tenu de la fonction très importante des journalistes [3] dans une situation d’urgence sanitaire. La presse joue, en effet, un rôle primordial dans la transmission des nouvelles et des informations qui aident les gens à formuler des opinions à propos des menaces de la santé générale et à prendre les décisions adéquates pour se protéger et protéger leurs sociétés[4].

4. Le Conseil apprécie le patriotisme et la responsabilité des médias nationaux, y compris les institutions de presse concernées par l’édition, l’impression et la distribution de journaux papier, qui ont continué la publication malgré la suspension d’impression le 22 mars 2020.

Il convient de noter dans le contexte de ce paragraphe qu’il n’y a eu aucun cas confirmé dans le monde démontrant le potentiel de contamination ou de transmission du virus par les journaux. En revanche, les journaux et les revues ont continué la publication dans les pays les plus touchés par la Covid-19, tels que la France[5], l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique[6]. Il convient également de souligner que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a estimé que « le risque d’infection par le virus qui cause le Covid-19 par un colis qui a été transporté et a été exposé à différentes conditions et températures est très faible ».

5. Le Conseil National de la Presse rappelle également qu’un certain nombre de pays dans le monde ont identifié la presse comme un « service de base » et les journalistes comme des « travailleurs essentiels », de forme qui permet à la presse et aux journalistes de poursuivre leur travail et les exempter des restrictions à la mobilité. Autant plus, certains pays ont considéré la presse comme un service « d’urgence » [7]. Dans le même sens, et rappelant le rôle primordial des professionnels des médias, le Rapporteur spécial responsable de la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression a souligné que « Les gouvernements devraient leur permettre de poursuivre leur travail, et de classer leur travail, le cas échéant, comme primordial. »

6. Le Conseil National de la Presse ne peut manquer de constater l’interaction positive et rapide du ministère de l’Intérieur et de la Direction Général de la Sécurité Nationale avec la lettre qu’il leur avait envoyée concernant le déplacement des journalistes pour exercer leurs fonctions professionnelles lors de la situation d’urgence sanitaire. Ainsi, ils ont prononcé leurs ordres aux compétences concernées pour autoriser la mobilité des journalistes portant de la carte professionnelle afin d’exercer leurs missions.

L’éthique du journalisme pendant Covid-19 – Violations multiples, même s’elles sont isolées

7. Dès le début de l’urgence sanitaire, le Conseil a recommandé de s’engager aux dispositions de la Charte d’éthique de la presse, qui contient toutes les règles et principes professionnels et éthiques qui doivent encadrer le comportement quotidien dans le travail journalistique, en les rappelant lors du traitement et du suivi des développements de la propagation de l’épidémie, afin d’éviter des éventuelles erreurs.

8. Dans un précédent communiqué de presse, le Conseil a dénoncé la commercialisation de l’épidémie du Corona par certains sites médiatiques, dont l’un a diffusé une vidéo avec une femme dans la rue, qui promouvait la superstition et dévaluait les données scientifiques sur la maladie, en vue d’obtenir des taux d’audience plus élevés. Un site a également affiché la photo et l’identité d’une personne en consultation médicale, ce qui est opposé aux règles de confidentialité. En outre, le communiqué a noté que certains sites ont cherché à exploiter la propagation de l’épidémie pour offrir des interprétations, des explications et des récits de conspiration, non fondée sur aucune base scientifique, et dont le but était purement commercial et incompatible avec le noble message du travail journalistique. Le Conseil a déploré telles pratiques et a appelé à avoir un haut niveau de la conscience professionnelle.

9. Dans le cadre de surveiller le respect de la Charte d’éthique professionnelle par la presse marocaine, le Conseil National de la Presse a surveillé d’autres violations des dispositions et principes de la Charte, notamment en ce qui concerne la désinformation, le vol, le respect de la vie privée, le droit à l’image, les données personnelles, la discrimination, la dignité humaine et l’enfant (la responsabilité professionnelle, la responsabilité envers la société, l’indépendance et l’impartialité).

La recherche de la vérité et le traitement de la nouvelle et ses sources

10. À la fin de mars 2020, certains sites web, y compris les sites des journaux papier, ont transmis une vidéo qui circulait sur les médias sociaux et les applications de chat depuis le 18 mars et qui visait à documenter la dispersion des citoyens par des forces publiques. La vidéo montre des éléments avec des uniformes de police poursuivant pour les battre. Il s’avère que la vidéo n’a rien à voir avec le Maroc, sinon qu’elle représente la dispersion d’une manifestation en Algérie qui a eu lieu en février, et qu’il ne s’agit pas du Maroc ni de ce qui s’y passe.

11. La diversité et l’équilibre des opinions permettent au lecteur de formuler sa propre opinion basée sur des données intégrées. Pour cela, la Charte d’éthique consacre la nécessité de faire une différence claire entre les nouvelles et les commentaires afin d’éviter la fraude. Ici, on cite l’exemple du journaliste d’un hebdomadaire qui a déclaré, depuis le début de l’épidémie, que le Coronavirus est un virus fabriqué dans les laboratoires, et il s’agit d’une conspiration contre l’humanité, sans s’appuyer sur aucune preuve ou source scientifique (scientifiques ou chercheurs). Comme il est indiqué dans le présent rapport, le Conseil a déjà dénoncé la tentative d’exploiter la propagation de l’épidémie pour fournir des interprétations, des explications et des récits de conspiration, qui ne reposent sur aucune base scientifique, et a demandé le plus haut degré de conscience professionnelle à cet égard. Un groupe de sites web continue de publier des informations sur les théories du complot liées même à un coup d’État au Maroc !

12. Dans le contexte des erreurs professionnelles et des violations des règles éthiques et des responsabilités des journalistes dans le traitement de l’information, et dans la cohérence des titres avec la matière informative, le Conseil fait éloge à la plupart des journaux papier et électroniques qui se sont assurés d’utiliser des nouvelles, des reportages ou des citations, après et ont insisté sur l’utilisation des titres compatibles avec le matériel médiatique réalisé à cet égard. En revanche, le Conseil regrette qu’un certain nombre de plates-formes surveillées par ses services ont violé cette règle en faisant des titres attractifs qui ne sont pas convenables à la matière d’information, en se basant sur l’exagération, et l’expression des attitudes et des jugements de valeur qui n’ont aucune justification ou un argument dans le texte des nouvelles. Ce qui peut être considéré comme une violation des normes morales et de l’objectivité.

13. Le Conseil note que certains sites ont retiré des articles après les avoir reconnus faux ou traités de manière non professionnelle, mais il faut souligner que le professionnalisme et l’éthique professionnelle exigent non seulement le retrait de ces documents, mais aussi la mise en évidence des transgressions, la correction des erreurs et la présentation des excuses, dans la cadre de la crédibilité et afin de contribuer au développement de la performance professionnelle. Dans ce contexte, le Conseil a enregistré une publication dans un journal hebdomadaire francophone d’une autocritique, après introduction le journal a dit « qu’il n’a pas répondu aux exigences de la profession et de son éthique » en ce qui concerne le traitement de la nouvelle et la vérification et l’intersection des éléments. Un autre hebdomadaire francophone s’est également excusé pour la nouvelle, qui s’est révélée plus tard qu’elle est fausse, dont il a écrit sans expliquer son origine, et qui dit que l’ambassadeur d’un pays arabe avait critiqué la « détérioration de la situation sanitaire au Maroc ». L’hebdomadaire a publié un article accusant l’Ambassadeur de préjugés envers le Maroc. Après cela, il a présenté des excuses à l’Ambassadeur et publié une réponse démentant totalement ce que l’hebdomadaire marocain avait dit.

Fausses nouvelles et désinformation

14. Certains ont utilisé l’identité visuelle des plateformes médiatiques pour fabriquer et diffuser des images qui transmettent des fausses nouvelles ou désinformation, dans une violation flagrante de l’éthique professionnelle. Dans ce contexte, le 5 avril 2020, Medi1 TV a démenti les dernières nouvelles selon lesquelles « la quarantaine au Maroc s’étendrait jusqu’à juillet 2020 », comme elles ont publié certaines pages et applications de médias sociaux. Ce n’est pas la première fois qu’un comportement aussi dangereux est enregistré dans cette situation, de sorte que le 3 mars 2020, Hespress a annoncé que certains avaient exploité leur identité visuelle et diffusé une image forgée d’un article dit publié sur le site sous le titre « Toutes les écoles vont être fermées à partir de mercredi en raison de l’enregistrement de la première infection par le coronavirus au Maroc. » (Le ministère de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique a confirmé que les nouvelles étaient incorrectes).

15. Certains sites web ont été impliqués dans la promotion des rumeurs sur la découverte d’un traitement pour Corona ou la prévention et le renforcement de l’immunité avec des herbes, tout en cherchant le Buzz et des objectifs loin du message professionnel et éthique de la presse. Ainsi, la presse doit vérifier et s’assurer de la validité des informations avant leur publication. (Une vidéo a enregistré plus de 1,5 million de vues), surtout compte tenu du risque qui pourrait menacer la sécurité et la santé, en causant même le décès. Dans un contexte similaire, le ministère de la Santé a mis en garde contre l’utilisation des herbes pour traiter le coronavirus, en soulignant que cela pourrait nuire à la santé humaine.

Le vol

16. Un certain nombre de médias ont volé des matières de presse d’autres plateformes, sans mentionner leurs sources. (Selon la Charte d’éthique de la presse, la source de la matière de presse ne justifie pas leur exploitation si cette dernière peut nuire à leurs propriétaires originels). Dans les cas surveillés, l’exploitation passe à une manipulation pour masquer l’identité visuelle de la source de la matière. Dans ce contexte, le mardi 24 mars 2020, la page officielle de l’un des plus importants sites d’information en ligne du Maroc sur une plateforme de médias sociaux a diffusé une vidéo en direct (LIVE) qui, quelques jours après sa diffusion, a généré 550000 vues, plus de 15000 interactions (des j’aime…), plus de 1 000 commentaires et a été partagé par plus de 2000 personnes. La vidéo est filmée en direct depuis l’écran de télévision, en cachant l’identité visuelle de la chaîne de transmission (source de la matière de presse). Le site a mis sa propre identité visuelle sur la vidéo [10].

17. Certains collègues ont utilisé et publié des documents édités et/ou montés par d’autres collègues sans leur permission. La Commission a surveillé des exemples de tels comportements immoraux et de « vol journalistique », dont la justice a prononcé les jugements concernés.

Dans ce contexte, le Conseil a enregistré la protestation et la dénonciation de certains collègues pour la publication des articles d’opinion en leur nom sur des sites web sans autorisation préalable ni consentement exprès de republier leur contenu. Un autre exemple qui a été surveillé c’est le vol d’une matière audiovisuelle d’un journal électronique (30 minutes), un autre site web local a falsifié et remonté en deux minutes, hors contexte, connotations et traitement du reportage. Le site web du journal papier a également publié un article que les membres d’un journal électronique ont considéré « un vol » même ayant une référence explicite au nom du journal électronique. (L’article a par la suite été retiré du site Internet du journal et le Conseil ne sait pas s’il y avait des excuses ou des éclaircissements à cet égard).

18. Le Conseil met en garde contre le fait que le vol d’articles et des matières de collègues journalistes, en plus d’être une violation flagrante de l’éthique professionnelle, exige la dénonciation et la mise en question, et peut affecter l’image et la crédibilité des journalistes et des plateformes médiatiques dans lesquelles ils travaillent en particulier, et le place de la presse nationale pour les citoyens en général, ainsi que son préjudice au principe la solidarité et la synergie entre les journalistes et à la promotion constante des liens de fraternité au sein de la profession, en vertu de la charte d’éthique professionnelle.

Le respect de la dignité humaine

19. Le 21 mars 2020, le site web a pris une déclaration d’une femme handicapée (sourde et muette) d’une manière qui viole le principe du respect de la dignité humaine. Dans le même contexte, le Conseil National de la Presse a enregistré la publication d’un site web, le 24 mars 2020, pour une correction et des excuses pour avoir publié une vidéo « invalide » après que le site web a conclu que l’état mental de la personne impliquée dans la vidéo était « anormal ». Ce qui aurait dû être noté avant la publication de la vidéo, surtout après qu’elle ait été téléchargée et largement partagée via une application de chat, même si le site ait annoncé qu’il l’avait supprimé et retiré de sa chaîne.

Discrimination, incitation et glorification de la violence

20. Le 20 mars 2020, un site web a publié un article sur les migrants d’Afrique subsaharienne et « Le risque de la propagation du Corona » à Casablanca. L’article contient des descriptions et du vocabulaire, tels que « l’escadron » et les « escadrons », et de multiples stéréotypes qui violent les dispositions de la Charte d’éthique professionnelle de la presse concernant la discrimination, l’incitation à la haine et le respect de la dignité humaine.

Dans un autre contexte, une vidéo diffusée sur un site web le 19 mars 2020 (environ 200 000 vues), a explicitement incité à l’utilisation de la violence contre les violateurs de l’état d’urgence, tandis qu’un autre site web a publié un clip accusant un infracteur de l’urgence de « trahison », ajoutant « tuer celui qui n’as pas de jalousie ». « sa mort vaut mieux que sa vie, »… « il doit être tué. »

21. Le Conseil a consigné la présentation d’un journal hebdomadaire marocain de ses excuses, au cours d’une émission de radio, après avoir publié une photo sur sa couverture et qui a provoqué une dénonciation et des accusations durant une semaine après la parution.

Avant cela, le magazine avait publié un rapport expliquant qu’il n’y avait aucune intention de condamner ou de stigmatiser aucune personne quoi que ce soit sa couleur et que l’image était le résultat d’une « négligence ».

Protection des mineurs

22. En ce qui concerne la protection des mineurs, prévue dans la Charte de l’éthique professionnelle de la presse, le Conseil rappelle, vue la publication successive des vidéos et de  photos des enfants, inclue la vidéo d’un enfant infecté par le coronavirus, que, en tout état de cause, l’intérêt supérieur de l’enfant devrait être pris en considération comme une priorité suprême, ainsi qu’éviter tout ce qui peut exposer l’enfant à la stigmatisation, au préjudice ou à la violence durant toute sa vie. Afin de protéger et de respecter les droits de l’enfant, le journaliste doit demander à l’enfant et à son tuteur la permission de mener toute interview de presse ou vidéo et de prendre des photographies documentaires lorsque cela est possible. Cette autorisation doit être donnée par écrit chaque fois que cela est possible et approprié [11]. En outre, la Charte d’éthique professionnelle de la presse considère que protéger les mineurs et leurs images dans les cas socialement sensibles fait partie de la responsabilité morale du journalisme, et qu’ils ne doivent pas faire l’objet des vidéos gratuites, incluant de la violence, la séduction et le déclin des valeurs humaines, sinon cela sera considéré comme une violation de la Charte.

Respect du droit à l’image et à la vie privée

23. Lors des couvertures des médias des interventions des autorités publiques l’arrestation de personnes soupçonnées de violer l’état d’urgence sanitaire, notamment dans la presse électronique, le Conseil a surveillé, dans plusieurs occasions, que certaines plateformes n’ont pas veillé à protéger l’image de ces personnes et à respecter leur vie privée ; de sorte que ces personnes apparaissaient dans des fragments de ces vidéos à visage découvert ou reconnaissable. Même dans les cas où il y avait une protestation expresse de refus de filmer de la part des personnes arrêtées, les médiats n’ont pas pris les précautions nécessaires pour masquer le profil des personnes concernées plus tard lors de la diffusion des vidéos.

24. Dans ce contexte, le Conseil met en garde contre les cas peuvent mener à rendre les comptes et que, en plus de toucher le droit à l’image, ils peuvent toucher le principe de présomption d’innocence et de diffamation à l’égard de ces personnes. Le Conseil rappelle que le non-respect du droit à l’image est une violation des dispositions de la Charte de la déontologie professionnelle, quand elle n’est pas justifiée par un intérêt public ou une argument objectif, il sera une violation d’un droit inscrit dans la Constitution marocaine [12] du droit international relatif aux droits de l’homme [13], y compris la protection de l’honneur ou de la réputation des personnes contre toute intervention des autorités de l’État ou des personnes physiques ou morales [14] Ce droit peut souvent se croise avec le droit à la liberté d’expression. Dans ce contexte, le Conseil recommande donc que le débat soit ouvert d’une manière qui pourrait produire un guide pratique spécial qui fait rappel des efforts internationaux dans ce domaine, y compris la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur les affaires relatives à l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. (Droit au respect de la vie privée), en particulier en ce qui concerne la liberté d’expression et la presse[15].

Conclusions et recommandations

25. Pendant toute la période de l’urgence sanitaire, le Conseil National de la Presse a noté le travail professionnel positif de la presse et des médias marocains devant la pandémie du Corona, l’engagement et la maturité démontrés par les professionnels, malgré les manquements, qui restent généralement isolés et exceptionnels, compte tenu de la grande implication de la presse marocaine et de la couverture de tous les aspects de l’épidémie. Nous avons décidé de surveiller ces violations et présenter des exemples dans le présent rapport pour renforcer le respect des exigences de la Charte d’éthique professionnelle de la presse.

26. Dans ce contexte, le Conseil salue la mobilisation et les efforts de la presse professionnelle et éthique (journalistes et plateformes médiatiques) au cours de cette crise et informe les journalistes obligés à se déplacer à respecter les consignes et directives de prévention et à s’assurer qu’ils se trouvent à une distance sécurisée, pour ne pas revivre ce que s’est passé devant les cliniques privés, pouvant constituer un risque pour leur sécurité. Il souligne également la nécessité d’avoir un environnement propice au travail médiatique dans le contexte de cette pandémie, en veillant à l’accès des journalistes à l’information et la garantie de leur protection nécessaire. (Masques et autres articles de protection, stérilisation du matériel, soutien psychologique…).

27. Le Conseil appelle les journalistes à faire preuve du professionnalisme, de la prudence et de la même rigueur, même dans leurs publications sur leurs pages personnelles sur les plateformes de médias sociaux, en se rappelant toujours de leur rôle dans la société, la réputation de la profession et des plateformes dans lesquelles ils travaillent. Ainsi, ils doivent s’engager aux principes éthiques lors de traiter l’information.

Dans ce cadre, le Conseil rappelle que certains, bien qu’à petite échelle, ont échangé la liste des voyageurs étant à bord de l’avion qui transportait la première personne déclarée infectée par Corona.

28. Le Conseil fait éloge des initiatives prises par un certain nombre de plateformes avec leurs journalistes sur leurs pages dans les réseaux sociaux, visant à vérifier la crédibilité de l’information, à documenter et, le cas échéant, à corriger ses sources, à travers le Fact Checking ou le lancement des hashtags contre la rumeur… le conseil appelle, aussi l’institutionnalisation de telles initiatives, et le renforcement du rôle de Fact Checking dans les entreprises de presse.

29. Le Conseil dénonce les violations flagrantes qui préjudicient le secteur de la presse et condamne les actes de quelques intrus qui n’ont rien à voir avec la presse et ses règles, tels que le traitement immoral et dégradant d’un marin [16] dans une vidéo diffusée sur un site local à Safi.

31. Le Conseil rend compte des efforts déployés par les autorités publiques pour lutter contre toute personne qui se fait passer par journaliste, et leur invite à renforcer leurs efforts en s’assurant que toute personne se présentant comme journaliste dispose de la carte de presse professionnelle délivrée par le Conseil National de la Presse.

31. Le Conseil a enregistré la généralisation d’un manuel pratique sur le Covid-19 et le respect de l’éthique de la presse par Union du Syndicat national de la presse marocaine. Il appelle au lancement des ateliers impliquant tous les acteurs concernés sur le respect de l’éthique du journalisme et des droits de l’homme (en relation avec la liberté de la presse et la Charte d’éthique) en période de crises.

Information d’éthique pendant les crises

Médias éthiques pendant les crises

Feuille de route pour la Commission de Déontologie de la Profession et le Conseil National de la Presse

32. Vu les infractions et les excès qui se répètent dans le travail quotidien des journalistes, malgré les efforts de la majorité d’entre eux, il est essentiel de promouvoir la prise de conscience et la sensibilisation sur les normes professionnelles et éthiques afin de consolider les meilleures valeurs et comportements des faiseurs d’opinion publique.

33. À cet effet, et compte tenu des infractions dont le présent rapport fournit des exemples, le Conseil National de la Presse etla commission d’éthique mettront en place une feuille de route pour le développement des pratiques médiatiques durant les circonstances exceptionnelles, notamment :

Intensifier les rencontres avec la presse sur les normes professionnelles et éthiques.

L’organisation de cours de formation objectifs encadrés par des experts sur la gestion des catastrophes naturelles et les états d’urgence sanitaire.

Organiser des ateliers de formation sur les médias des crises et le droit à la vie privée et à l’image.

Préparation, en coopération avec des organisations professionnelles et compétentes nationales et internationales, des guides pratiques au profit des journalistes sur certains sujets, questions et phénomènes sociaux, politiques, juridiques, environnementaux et autres, dont l’objectif est de généraliser et de simplifier leur couverture médiatique pour les professionnels.

Étudier le traitement médiatique lors d’une urgence sanitaire pour une évaluation profonde et complète des spécificités de cette expérience médiatique exceptionnelle et de tirer des leçons pour les futures expériences médiatiques.

Renforcer l’Institution de Suivi au sein du Conseil National de la Presse, afin de suivre la pratique quotidienne des médias et préparer des rapports périodiques à cet égard.

L’activation du projet de l’éducation médiatique, en étant un remède de la pandémie des fake news et de la désinformation et des nouvelles falsifiées et immorales.

34. Le Conseil National de la Presse considère que l’un de ses principaux rôles est de sensibiliser à la nécessité de respecter l’éthique professionnelle, mais sans oublier d’activer ses compétences pour protéger la société et la réputation et la dignité des personnes, en faisant face à des infractions flagrantes, et en mettant en exergue les sanctions prévues par sa loi.

Discours du Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Conférence de Munich sur la sécurité, 15 février 2020 (1)

https://www.who.int/ar/dg/speeches/detail/munich-security-conference

 Secrétaire général des Nations Unie,https://news.un.org/en/story/2020/05/1063012 (2)

Covid-19 : Les gouvernements doivent promouvoir et protéger l’accès et la libre circulation de l’information pendant l’épidémie (3)

Voir rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression (A/HRC/44/49 (avril 2020)) (4)

Dans le cadre des actions et mesures annoncées par le gouvernement français pour lutter contre la propagation de la Covid 19, le décret du ministre français de la Santé a placé les magasins de journaux sur la liste des « essentiels à la vie de la nation » qui peuvent continuer à leur activité (5)

La même chose pour Belgique :

Les journaux américains ont annoncé des mesures spéciales et ont continué leur publication, considérant que « l’accès aux journaux est sécurisé, même à partir des zones où des cas de Covid-19 ont été enregistrés ». (6)

The Newark Times :

Voir la presse, liberté de l’expression et Covid19 (UNESCO) (7) https://en.unesco.org/sites/default/files/unesco_covid_brief_en.pdf

Circulation d’une photo forgée sur le confinement sur les réseaux sociaux, Medi1tv démenti ces nouvelles, https://www.medi1tv.com/ar/ 178364 (8)

https://www.hespress.com/medias/461648.html (9)

Le studio de la chaine émettrice et la présentatrice de ses programmes apparaissent durant la diffusion (10)

Voir à cet égard les principes éthiques utilisés dans la préparation des rapports médiatiques sur les enfants (11)

https://www.unicef.org/arabic/publications/files/Principles-brochure_ar_eng_fr_all.pdf

Chapitre 24 (12)

Article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques… (13)

La Commission des Droits de l’Homme, commentaire général n° 16 (14)

Voir le Guide de la Cour européenne des droits de l’homme sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme (pp. 15-16) relatif au droit au respect de la vie privée en relation avec le droit à la liberté d’expression. (15) https://www.echr.coe.int/Documents/Guide_Art_8_ENG.pdf

Le Conseil regrette et condamne ce traitement et adresse ses condoléances à la famille de ce citoyen dont le bateau a coulé quelques jours après l’incident. (16)