Intervention du Président du Conseil National de la Presse, Younes Mjahed, à la rencontre consultative
L’honorable Monsieur le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication,
L’honorable Monsieur le ministre délégué auprès du ministre des Finances et de l’Économie,
Les honorables Mesdames et Messieurs les responsables des organisations professionnelles de la presse et des médias,
Les honorables Mesdames et Messieurs les représentants du Secteur des communications,
D’abord, au nom du Conseil National de la Presse, je suis reconnaissant de l’organisation de cette rencontre, qui constitue une occasion pour nous de présenter notre vision concernant un sujet que nous considérons comme vital, non seulement pour le secteur que nous représentons, mais aussi pour la société marocaine, dans laquelle la presse, les médias et la communication jouent des rôles cruciaux.

Nous ne vous cachons pas que nous attendions avec impatience ce genre de rencontre, que ce soit sous cette forme ou sous d’une notre manière, afin de simplifier notre perspective et de dialoguer avec le Gouvernement et les différentes parties concernées sur les défis auxquels est confrontée la presse marocaine.
Avant de diagnostiquer la situation actuelle, comme nous la voyons au Conseil, il est nécessaire de rappeler la réunion organisée à Skhirat en 2005, dans laquelle ont participé les organismes professionnels de la presse, avec le Gouvernement, et ont publié des résolutions et des recommandations, constituant une feuille de route pour ce secteur. De ces recommandations on cite : généraliser la subvention pour tous les journaux, au lieu de se limiter à la presse des partis, signer une convention collective entre le Syndicat National de la Presse Marocaine et la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, accord pour créer une institution pour fournir des services sociaux aux journalistes et réviser les lois cadres du secteur, avec l’adoption d’un projet d’organisme national d’autorégulation.
On peut dire que les différents projets ont été achevés au moment de l’examen et de l’évaluation, qui a été globale, dans le cadre du dialogue national « Médias et société », qui a duré environ un an, et a été ignorée, après les élections de 2011, bien qu’il ait été institutionnalisé et riche.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle situation, le conseil l’a diagnostiqué, dans un rapport complet, considérant que la crise structurelle de la presse marocaine a émergé ses premiers symptômes depuis 2013, mais son intensité a augmenté et a persisté, avec la pandémie.

Au cours des trois premiers mois de 2020, le tarif de vente quotidien des journaux nationaux était de 76 000 exemplaires, puis a chuté à 38 500 exemplaires à la fin de l’année, et continue de diminuer jusqu’aujourd’hui.
À la fin de 2020, seulement la moitié des journaux papier ont récupéré sa place de publication qui avait avant la pandémie. La presse numérique n’a pas été exclue des manifestations de la crise.
Le secteur de la publicité a été affecté par cette situation, car pendant la période de quarantaine, la publicité commerciale est arrivée à moins de 40 %, le plus grand perdant étant la presse papier.
Les données que nous avons trouvées confirment que 32 % des annonceurs sont passés au numérique comme priorité pour 2020, et 92 % sont passés aux géants du numérique. « GAFAM ».
C’est normal comment le secteur de la presse et de la distribution est affecté aussi par cette crise.
Quelles sont les solutions possibles pour faire face à cette crise qui, comme les données le confirment, a commencé il y a huit ans ?
Nous sommes confrontés à une crise structurelle, dont les causes sont multiples, combinant plusieurs éléments, tels que les taux bas de lecture, les problèmes de distribution, les orientations du secteur de la publicité, ainsi que la forte concurrence avec les médias modernes, et c’est une réalité connue par le monde entier.
La détérioration de la presse papier n’est pas la seule raison de la transformation numérique du Maroc, car la presse numérique, à son tour, est dysfonctionnelle et doit être structurée, organisée et réhabilitée, mais aussi parce que la presse marocaine n’a pas de modèle économique adapté à sa particularité et à la réalité de son environnement, ainsi qu’à sa fragilité, son manque de capital, son manque de ressources humaines et sa mauvaise gouvernance.
Les indicateurs relatifs aux entreprises de presse marocaines peuvent mettre en évidence certaines de ces manifestations.
Selon les données dont dispose le Conseil à travers les demandes de la carte professionnelle, il y a 731 entreprises de presse, y compris 447 (61%) électronique et 284 papiers (environ 39%), divisés entre nationales et régionales.
Quant à la presse papier, plus de 53% de ses entreprises emploie moins de 5 journalistes ; plus de 28% d’entre eux travaillent avec un seul journaliste, qui est au même temps directeur de publication et rédacteur en chef.
En ce qui concerne la presse numérique, 86 % de ses entreprises ont moins de 5 journalistes.
Environ 47% d’entre eux travaillent avec une seule personne, à savoir le même directeur de publication, rédacteur en chef et porteur de projet.
Cependant, en plus de cet élément, qui révèle la fragilité des structures dans une proportion significative d’entreprises, il y a d’autres éléments à étudier, pour la plupart des entreprises de presse papier et numériques, comme les méthodes de gestion. Combien d’entre eux ont des directions, des départements ou des services de ressources humaines, intéressés par les aspects professionnels et académiques, et pas seulement administratif et financier, et combien d’entre eux ont des conseils d’administration, comme c’est le cas pour d’autres entreprises. Combien d’entre eux ont des programmes et des budgets pour la formation continue, même en coopération avec d’autres institutions, combien ont des programmes pour développer le produit journalistique et médiatique, ainsi que les ressources humaines et s’adapter aux besoins du marché et aux changements dans les domaines de la communication, entre autres facteurs influençant l’industrie des médias…
Vue cette situation qui a besoin de plus de recherche et de vérification, quelles sont les possibles solutions de cette crise structurelle ?
Cette subvention a été multipliée par deux durant deux décennies (2005-2019) dont elle a bénéficié la presse papier et numérique.
Jusqu’à la fin de 2020, l’État a contribué avec une couverture financière extraordinaire de 235 millions alloués pour soutenir les salaires, les entreprises de presse reconnues, les sociétés de distribution et pour leur recapitalisation, les imprimantes qui retirent plus de 500 000 exemplaires par an, et les radios privées.
L’un des sujets de cette réunion est comment adapter le soutien public avec le code sur la presse et l’édition, en particulier l’article 7, qui prévoit les objectifs suivants : développer la lecture, favoriser le pluralisme et soutenir les ressources humaines. Ainsi qu’avec le décret de mars 2019, il met explicitement l’accent sur l’allocation d’un soutien « au développement des capacités humaines, formation et adaptation afin de qualifier et de promouvoir le multilatéralisme et de moderniser la production, le traitement, l’impression et la distribution ».
C’est-à-dire, comment faire en sorte que le soutien public soit un incitatif pour remédier les déséquilibres structurels, dont nous avons souligné certaines caractéristiques, qui sont la bonne gouvernance, la gestion et le développement des ressources humaines, dans les domaines de la gestion, de la rédaction et des techniques, comme une priorité.
Le rapport du Conseil sur la réalité de la presse après le confinement a contenu plusieurs propositions visant à surmonter la crise, y compris les travaux visant à faire sortir le Fond de développement de la lecture, l’intensification des campagnes de sensibilisation, revoir la Formation des journalistes et passer du concept de spécialisation au concept de journaliste producteur de contenu multimédia, approuver la formation en gestion des entreprises médiatique pour pouvoir suivre le rythme des changements et des défis que connait le secteur de l’information, surtout pour les journaux électroniques régionaux. En plus de plusieurs suggestions concernant l’impression et la distribution. Cependant, il est clair qu’il est difficile d’apporter un changement radical dans la structure actuelle, car la grande majorité des entreprises sont petites ou moyennes, ainsi que l’environnement économique général dans lequel ils opèrent n’a pas encore connu une évolution et il reste traditionnel.
Malgré les perspectives prometteuses que les technologies de communication modernes ont ouvert, ils n’ont pas été investis de manière adéquate par les entreprises de presse, de manière qu’elles les utilisent d’une forme simple, sans les considérer comme une opportunité de développer des investissements majeurs, avec une valeur ajoutée élevée, dans la presse, les médias, les arts, la culture entre autres…
Il ne peut y avoir de compétitivité régionale et continentale concevable, dans les domaines du journalisme, de l’information et de la communication, sans aller au-delà de la structure actuelle, à travers la création de grandes unités intégrées qui incluent la presse papier et numérique, comme une partie d’un système plus complet, dans l’utilisation des technologies de communication modernes, en investissant dans tout le potentiel énorme qu’elles offrent, dans la communication audiovisuelle, permettant la diversification des contenus et des matériaux.
Il est possible de raccourcir les distances qui nous séparent des autres pays plus avancés que nous dans les secteurs de la presse, des médias et de la communication, en profitant des opportunités offertes par les technologies modernes, à condition que notre pays ait une stratégie claire, visant à renforcer la structure de ces secteurs, aux différents niveaux, humain, industriel et commercial… au service d’un système national diversifié, pluraliste et crédible, basé sur des compétences développées.
En plus des ressources autonomes, comme le marketing et la publicité, cette nouvelle structure a besoin d’un système de soutien public avec des conditions précises et contractuelles, afin d’atteindre les objectifs d’investissement, développer les compétences et offrir un bon produit.
Le modèle précédent des subventions publiques n’a atteint que l’objectif d’aider les entreprises à continuer à survivre, même s’il a souligné certains objectifs, ces derniers n’avaient jamais été parmi les priorités du modèle, ainsi que le suivi de leur réalisation a été faible.
Le modèle industriel actuel dans la presse, est incapable d’atteindre ces objectifs, parce qu’il est fragmenté, avec des moyens limités et renfermé dans une production traditionnelle, ainsi que la réalité de la commercialisation et de la distribution ne l’aide pas à évoluer.
Pour surmonter cette situation, il est possible de penser en un modèle alternatif, basé sur l’encouragement des investissements dans des grandes groupes, capables d’entrer en compétitivité régionale, continentale et internationale, à travers de multiples mécanismes, avec la subvention publique et les facilités, comme c’est le cas pour d’autres secteurs.
Le même modèle peut s’appliquer aux expériences de la presse papier et régionale, qui sont actuellement incapables de jouer les rôles qu’ils sont censés jouer, parce qu’ils sont de petites structures, et il est difficile d’être considéré comme des « entreprises », comme la loi les appelle, bien qu’ils se multiplient annuellement au niveau quantitatif.
Il est donc nécessaire de les intégrer dans un système global de soutien public, à des conditions qui contribuent à leur sortie du cercle de la fragilité et de l’informalité, dans le cadre du regroupement, sous forme de coopératives ou de sociétés par actions, tout en pensant en adopter des expériences régionales par des grandes entreprises.
L’objectif reste de fournir à notre pays des outils journalistiques et médiatiques avancés et de différents types, dans le cadre d’une stratégie nationale visant à renforcer les entreprises marocaines, tant au niveau national que régional, comme leviers essentiels pour la démocratie, le pluralisme, la liberté d’expression et tout modèle de développement réussi, et un bouclier efficace pour défendre les grandes orientations de notre pays.
Pour cela, il y a des propositions et des projets auxquels le Conseil National de la Presse pourrait participer, notamment car la Loi lui confère un statut consultatif pour toutes les questions relatives aux lois, décrets et mesures concernant la presse et l’édition ; ainsi que son rôle dans la rationalisation et le développement du soutien offert à la presse, vue sa Formation, serait très utile. Mais en plus de tout cela, le Conseil, par son expérience depuis environ trois ans, il a identifié un certain nombre des irrégularités dans le Code de la presse et de l’édition et le statut des journalistes professionnels, ainsi que dans sa loi actualisée, et il est prêt à dialoguer et à présenter son avis, lorsque cet atelier sera lancé, en respectant les mécanismes prévus dans sa loi.
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